Coucou tout le monde,

C’est une devinette littéraire !!! je vous donne le premier paragraphe et quelques indices en bas de page.

C. L. : Yasmina Khadra, vos lecteurs sont unanimes : vous êtes un fabuleux conteur. D’où vient ce don ? 

Y. K. : Sans doute, de ma tribu. Une tribu de poètes qui s’était choisi pour vocation de dire l’Homme, les âges et le Désert. Était-ce vraiment un choix ? Comment ne pas devenir conteur lorsque le Sahara s’impose comme une page blanche pour accueillir une histoire, une légende, un chant ; lorsque le mutisme des ergs se veut d’abord une écoute pour que la voix de l’orateur porte plus loin que le regard ? Ma tribu aimait les mots qui lui ressemblaient, les mots salutaires qui lui permettaient de tisser les alliances et de réconcilier  les êtres et les choses. Ma mère me disait souvent :  » Ce que tu peux obtenir avec tes poings, tu peux l’obtenir avec ta parole. Les poings peuvent vaincre sans convaincre, les mots peuvent convaincre sans qu’il y ait de vaincus. » Ma tribu raisonnait ainsi. Mes ancêtres privilégiaient la force des mots à la force du poignet ; ils ne s’interpellaient pas frontalement, de manière brutale. Ils savaient l’erreur humaine et que l’on pouvait ramener à la raison n’importe quel fauteur et sur le droit de chemin n’importe quelle brebis égarée. La parole, quand elle est sage, touche le cœur et l’esprit en même temps. Elle vous rend à votre humanité, pleinement. Quand une personne du clan méritait d’être corrigée, on l’apostrophait sans écorner sa dignité. Une citation, une tirade, un verset , une métaphore suffisaient à rappeler à l’ordre le récalcitrant. Un reproche savant est plus efficace qu’un châtiment corporel et ne froisse pas les susceptibilités. J’ai été forgé par cette culture ; ma langue, ma façon de raconter les histoires s’en inspirent. Je ne juge pas, ne condamne pas, je donne à voir et à comprendre. J’aimerais que mon lecteur sorte de mes récits avec le sentiment d’avoir appris quelque chose qui pourra l’aider à avancer dans la vie avec un peu plus d’empathie. Raconter le monde d’aujourd’hui, c’est reprocher à l’humanité ses errements, voire ses folies. Comment y parvenir sans attiser les flammes qui la dévorent ? C’est la question que je me pose avant de me mettre face à la page blanche. J’essaye d’écrire comme mes ancêtres corrigeaient le récalcitrant autrefois. Avec une touche de poésie pour tempérer la gravité de mes propos.

Indices :

  • Je l’ai lu ce mois-ci.
  • C’est un écrivain avec un pseudo féminin

7 commentaires sur « Rendez-vous premier paragraphe #22 »

  1. Qu’un autre de plus. Mais l’Histoire retiendra maintenant que j’en ai trouvé plusieurs (deux, c’est le début de plusieurs 😀 ).
    Oui, ce début donne envie de lire ce livre. Mais tu avais déjà su bien le faire 🙂 !

    Aimé par 1 personne

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